Retour sur l'affaire des vestiges
de la Corderie en 5 points clés

1- "LES LOGES" boulevard de la corderie : un programme immobilier au coeur de Saint Victor

la corderie

Tout a commencé comme un programme immobilier classique, au début 2017. Vinci Immobilier et ADIM obtiennent un permis de construire boulevard de la Corderie à Marseille pour élever, face au Vieux Port, un ensemble d’appartements de standing : 8 étages, 3 niveaux de parking en sous-sol, emplacement idéal et cadre idyllique, jardins et terrasses, crèche au pied de l’immeuble… Malgré tout, ce projet est loin de faire l’unanimité au sein des élus locaux. En effet, Patrick MENNUCCI, ancien député-maire du secteur, s’est, en son temps, farouchement battu pour qu’il ne voie jamais le jour.

Compte tenu du caractère sensible de la zone d’aménagement, l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) entreprend un diagnostic sur prescription de la Direction Régionale des Affaires culturelles (DRAC PACA). Les fouilles s’effectuent d’avril à juin sur une parcelle de 4 200 m2 dans le quartier de Saint Victor. Dès lors, des vestiges au centre du site attirent l’attention des spécialistes : l’exploitation d’une carrière au IVème siècle avant notre ère est mise à jour. Nous sommes revenus au temps de Massalia…

A LIRE : La pierre qui bâtit Massalia

L’INRAP est un acteur majeur de l’archéologie préventive de Marseille. Depuis sa création, les chercheurs de l’institut y ont notamment exploré plusieurs sites grecs.

INRAP

2- LA CORDERIE OU LE NOUVEAU COMBAT POLITIQUE LOCAL

Mais finalement, tout est affaire de « timing ». La découverte des vestiges a eu la fâcheuse idée d’avoir lieu en pleine période électorale! De ce fait, le mois de juin 2017 a été témoin de l’émergence de 2 camps : les acteurs du renouveau urbain et économique de Marseille, conduits par Jean-Claude GAUDIN et son équipe, et les défenseurs de l’histoire et de l’identité grecque de la cité, constitués par les habitants de la Corderie et soutenus par Jean-Luc MELENCHON.

Néanmoins, l’enjeu réel de la découverte de ces vestiges s’avère de déterminer la véritable valeur patrimoniale du site afin d’organiser ou non sa conservation et sa valorisation. Mais, bien évidemment, les opinions divergent sur ce point, sans compter que les acteurs politiques ont trouvé là un argument de choix pour s’affronter.

Les habitants de la Corderie au coeur de l’action

Certes, cette affaire a mobilisé tout un quartier, mais elle a allègrement franchi les limites de la Ville. De pétitions en manifestations, certaines personnalités prennent fait et cause pour la préservation du site archéologique de la Corderie. Stéphane Bern s’est confié à MadeInMarseille le 25 octobre dernier et a souhaité arriver à un accord avec Vinci. Lire l’article ici.

3- Classement de 635 m2 de terrain en patrimoine historique

Malgré toute cette polémique, Xavier DELESTRE, chef du service archéologie de la DRAC, a annoncé que le projet immobilier de la Corderie verrait le jour en l’état. C’est à dire que Vinci devra, sans modification de permis de construire, composer avec les vestiges dignes d’intérêt et de conservation, là où étaient prévus des jardins. Il s’agit des colonnes grecques, des sarcophages et un puits. Un coup de « chance » que la partie des vestiges la plus intéressante s’intègre parfaitement dans le projet.

Françoise NYSSEN, Ministre de la Culture, n’entend pas revenir sur une décision scientifique et a souhaité une mise en valeur et un meilleure visibilité de la parcelle classée. Sa visite sur place du 7 octobre dernier n’a malheureusement pas été satisfaisante pour les riverains de la Corderie qui avaient espéré un revirement.

Madame la ministre s’est défendue de toute accusation de collusion, en soulignant que les raisons scientifiques ont dicté cette décision, prise en toute indépendance.

la corderie

4- Un recours administratif déposé par le CIQ

Malgré tout, les habitants du quartier de la Corderie ne l’entendent pas de cette oreille : tout le site doit être classé et les travaux doivent être stoppés. Un recours a donc été déposé le 6 septembre 2017 devant le Tribunal Administratif de Marseille demandant d’une part l’annulation de la décision administrative et, d’autre part, la suspension des travaux de construction. Le recours n’étant pas suspensif, les opposants au projet espèrent que Vinci ne détériorera pas de manière irréversible le site.

Le Comité d’Intérêt de Quartier à l’initiative du recours souhaite que soient édifiés, à la place du programme immobilier, des équipements publics destinés notamment aux établissements d’enseignement.

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5- Une étude cachée pendant 15 ans?

Alors que le combat fait rage sur le terrain et qu’il est loin de se terminer, une autre polémique enfle. Dans son article du 31 août 2017, le journal La Provence mentionne l’existence d’un document caché : La ville de Marseille saurait depuis 2002 que le site de la Corderie recouvrait une ancienne carrière archéologique et n’aurait jamais communiqué l’information aux services de l’état.

Dans ces conditions, l’emplacement des jardins prévus par le programme immobilier de Vinci, situé exactement à l’aplomb des vestiges récemment classés ne seraient donc pas une pure coïncidence?

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